Le Retour des Baleines

Le Cameroun protège sa faune marine

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La Journée mondiale de la vie sauvage est l’occasion de célébrer les nombreuses formes, aussi belles que variées, de la faune et de la flore sauvages.

Le thème de la Journée 2020, "Maintenir toutes les formes de vie sur Terre", souligne aussi la multitude d’avantages que la conservation, notamment de la vie marine, procure aux populations.

Sur la côte sud du Cameroun, de la ville de Kribi à la frontière de la Guinée équatoriale, il est possible, avec un peu de chance, d’apercevoir des baleines à bosse, des cachalots, des dauphins et des lamantins africains.

Après 119 ans d'absence, le dauphin à bosse a fait son retour en 2011, et compte aujourd’hui un groupe de 25 à 30 individus dans la zone de Bouandjo, ainsi que deux plus petits groupes de 4 à 10 individus près de l'embouchure de Nyong et près de la ville de Kribi.

Malheureusement, aussi diversifiée que puisse paraître la faune au large des côtes camerounaises, les données sur cette biodiversité marine sont limitées - et sa protection restreinte en conséquence.

Sachant que de bonnes données peuvent servir de base à des politiques environnementales éclairées, l'Association camerounaise de biologie marine (ACBM) a commencé à collecter des données de référence - pour comprendre comment répondre aux diverses menaces auxquelles la vie marine est confrontée.

En 2016, l'ACBM a mis en place une équipe composée de chercheurs, de volontaires de la société civile, d'étudiants et de représentants des populations locales pour travailler à répertorier les espèces locales de cétacés, promouvoir l'écotourisme et mettre en place des aires marines protégées au Cameroun.

Le projet, financé par le Programme de petites subventions du Fonds pour l'environnement mondial (FEM), est mis en œuvre sur place par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

La pêche est source d’alimentation pour des milliards de personnes sur Terre, ce qui a un impact majeur sur les écosystèmes marins et justifie le plaidoyer pour une gestion internationalisée des ressources océaniques.

Au Cameroun, la pêche s’ajoute à l'exploitation minière et l'exploration pétrolière, la circulation de navires commerciaux, l'urbanisation des côtes et la pollution… autant de menaces sur les cétacés et leurs habitats.

Conséquences involontaires

L’un des problèmes majeurs posé par la pêche est la prise accessoire - la capture accidentelle d’espèces non ciblés-, qui s’élève à plusieurs millions de tonnes dans le monde chaque année.

En 2011, alors que les chercheurs de l'ACBM avaient détecté une augmentation des populations de baleines au large des côtes camerounaises, deux baleineaux ont ainsi été capturés accidentellement et abattus par des pêcheurs artisanaux.

La prise accessoire est le principal moteur du déclin des populations de plusieurs espèces de mammifères, de tortues de mer et d'oiseaux marins.

Au Cameroun, trois espèces en sont généralement victimes: les lamantins, les dauphins et les tortues de mer.

La riche biodiversité et le patrimoine génétique du Cameroun lui ont valu le surnom d'« Afrique   miniature », et constituent les fondements essentiels de la sécurité alimentaire et de la santé dans le pays.

La riche biodiversité et le patrimoine génétique du Cameroun lui ont valu le surnom d'« Afrique   miniature », et constituent les fondements essentiels de la sécurité alimentaire et de la santé dans le pays.

Une protection à tous les niveaux

Les activités du projet comprennent aussi la surveillance des plages de nidification des tortues marines dans la région, ce qui a permis d’observer et d'identifier 315 tortues marines de diverses espèces, y compris les tortues olivâtres Ridley, les tortues luth et les tortues vertes.

L'un des résultats les plus encourageants a été la détection d'une augmentation du nombre de tortues luths et de tortues vertes pondeuses, ainsi que la présence continue du lamantin. Des observations fiables de baleines augurent également des futures opportunités d'écotourisme.

Un programme de surveillance permanent au nord de la ville de Kribi prévoit aussi la transplantation de nids vulnérables dans des enclos. Jusqu'à présent, plus de 100 nids parmi les trois espèces de tortues marines ont été transplantés et protégés dans les villes de Lolabé, Eboude Mvaé et Lokoundje.

Du suivi à la conservation

Ce regain d’attention à la faune marine a révélé une augmentation du nombre de baleines le long du littoral camerounais, poussant l’ACBM à travailler pour la mise en place d’une nouvelle aire marine protégée autour des sites prioritaires.

Un « site du patrimoine des baleines », une zone de transit pour les baleines provenant de la région andine (Chili et Pérou) et se rendant dans la zone côtière de Mayumba, a ainsi été présélectionné par le World Cetacean Alliance ( l’Alliance mondiale des cétacés ).

Ce statut est accordé aux aires où les cétacés sont protégés ; où les pratiques et les moyens de subsistance durables sont continuellement améliorés pour assurer la santé de leurs habitats ; et où la coexistence respectueuse avec les cétacés est encouragée par la loi, la politique et la coopération.

Les sites présélectionnés peuvent accéder au soutien et à l'expertise de l'Alliance mondiale des cétacés pour rassembler les parties intéressées, chercher des financements et prendre des mesures en vue d'une reconnaissance officielle.

La désignation du site comme zone de conservation favorisera la pêche artisanale et augmentera ainsi les revenus des pêcheurs locaux. Cela signifie aussi que d'autres activités telles que l'écotourisme pourront être développées.

Petites subventions, grands impacts

Depuis 2005 et le démarrage du Programme de petites subventions du Fonds pour l'environnement mondial (FEM) au Cameroun, plus de 122 initiatives protégeant la biodiversité et luttant contre le changement climatique ont vu le jour. Leur but est d’améliorer le bien-être et les moyens de subsistance des populations en parallèle aux efforts de conservation.

En fournissant un soutien financier et technique à ces initiatives, le programme de petites subventions du FEM démontre comment la motivation, la créativité, la technologie et les connaissances traditionnelles permettent de trouver des solutions concrètes à certains de nos problèmes sociaux les plus urgents.

Pour plus d'informations sur ce projet spécifique, voir le profil du projet ici: Monitoring of sea turtles and the humpback dolphin (Souza teuszii) on the coast of the districts of Edéa and Lokoundjé and involvement of local communities for the establishment of a marine protected area.

Pour plus de détails sur le Programme de petites subventions du FEM, voir ici.

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Texte de Marie-Laure Mpeck Nyemeck, Aime Kamga Fogue, Isidore Ayissi, Andrea Egan, Ana Maria Currea / Photos: SGP Cameroun et PNUD Cameroun. Photos supplémentaires à titre gracieux de la NOAA et aussi Brian Yurasits, Erik Hathaway, Edouard Tamba et Ilse Orsel d'UNSplash.

Informations détaillées tirées de l'article: Ayissi I, Makoge RE, Nack J, Nyeck N, Mpeck ML, et al. (2018) Caractérisation des pêches artisanales marines et impact des prises accessoires sur les animaux marins dans le sud du Cameroun (Afrique de l'Ouest). J Aquac Fisheries 3: 010.

Lieu: Cameroun